Les invisibles de Djibouti

18 janvier 2012

Qu’ils viennent des hauts plateaux éthiopiens, de Mogadiscio en Somalie, ils fuient tous la même pauvreté, la guerre civile, la situation de sécheresse et la famine, et se retrouvent sur les routes de l’exil. Pourtant, dans cette corne de l’Afrique, à nouveau sous les feux médiatiques, il est possible, pour peu que l’on s’attarde un peu, de croiser une autre réalité pour les exilés, que celle des camps de réfugiés et du trafic de migrants clandestins. Pour nombre d’entre eux, Djibouti devient, de part sa situation géographique, coincé entre l’Erythrée, l’Ethiopie, la Somalie et le golfe d’Aden, le passage obligatoire vers une vie meilleure. C’est à Djibouti que l’on peut alors rencontrer une réalité parfois tout aussi dure et abrupte, mais une réalité teintée d’espoir, une autre réalité de la subsistance. Le monde des invisibles de Djibouti. Ces hommes ont aussi fui leur pays mais ils ont su créer sur des zones en marge de la ville, sur des espaces à priori stériles, de vraies activités économiques. Ces terres deviennent alors une halte d’espoir où à force de travail et d’abnégation, ils espèrent gagner le peu qui leur permettra de rejoindre une terre plus prometteuse de l’autre côté du Golfe d’Aden. Qui sont ces exilés venus s’échouer aux portes de Djibouti ? Comment leur subsistance s’organise-t-elle ? Quels sont les espoirs qui chaque jour les poussent à endurer un tel labeur ?

Djibouti, corne de l’Afrique, octobre 2011

Tout commence un week-end de novembre 2010, alors que nous déjeunons, dans un restaurant du bord de mer à Tadjourah, au nord de Djibouti. Nous apercevons un groupe d’hommes, de femmes et d’enfants, en file indienne, courant sous les exhortations d’un homme, que nous identifions de suite comme un passeur et qui leur ouvre le chemin. Ils passent entre le restaurant et la mer, sur le ruban étroit de sable, tellement proche que nous avons le temps de capter la souffrance, l’inquiétude et la peur qui se lisent sur les visages. La peur de voir se terminer le voyage ici et maintenant s’ils sont pris. Il faut accélérer la cadence car la zone n’est pas sûre, trop près de la route, trop près de la ville de Tadjourah, trop près de nous aussi. Pour la plupart originaires d’Ethiopie, ils fuient vers Obock sur le littoral nord du pays, espérant embarquer sur un boutre qui les emportera vers un hypothétique avenir, de l’autre côté du Golfe d’Aden vers le Yémen et l’Arabie Saoudite. Nous voyons le poids des kilomètres parcourus dans des conditions climatiques extrêmes, et surtout l’inquiétude liée aux dangers de leur exode et à l’incertitude à atteindre leur but. Ce sont les mêmes migrants croisés, qui, tout au long de l’année sur les routes de Djibouti, fuient par groupe de trois ou quatre. Et à chaque fois, même si les motivations profondes qui leur font prendre autant de risques sont connues, la même interrogation revient, quant à l’issue d’une telle aspiration. [...]

L’article complet de Daoud ABOUBAKER ALWAN et Emmanuel MARTIN à cette adresse :

Afrique in visu – les invisibles de Djibouti















































Photographies tous droits réservés Emmanuel MARTIN

Trois jours en Pays Afar – Djibouti

18 janvier 2012

La région habitée par la population Afar s’étend sur 3 pays aux frontières communes : la République de Djibouti, l’Ethiopie et l’Erythrée. Cette vaste région demeure encore hors du temps.
Le route nationale goudronnée est abandonnée alors qu’une étendue désertique s’ouvre à l’Ouest. Elle semble venir buter sur cette falaise immense, longue de plusieurs kilomètres et haute par endroit de plus de 1000 mètres. Au-delà de ces montagnes se situe l’Ethiopie. Cette barrière naturelle est pourtant salvatrice pour les nomades Afars qui ont choisi de s’implanter en ces lieux. L’eau trouve son chemin, descendant des lacs éthiopiens et ressortant en une source chaude dans un contrefort rocheux. Elle vient alimenter la plaine, qui, sans elle serait inexorablement désertique. La piste qui nous guide laisse entrevoir au loin, passé l’effet de mirage qui dû en dérouter certains ici ou ailleurs, comme une palmeraie tout droit sortie de notre imagination un peu trop fertile parfois. Elle s’étend en bouquet sur plusieurs kilomètres de long, des contreforts de la source au pied de la falaise, large bande de vie fragile. Endroit idyllique à mes yeux, mon véhicule me permettant de rallier la civilisation la plus proche dès que l’envie m’en prendra. Mais qu’en est-il de ces nomades qui ont décidé de se sédentariser là ? D’idyllique, le tableau se mue en une vision réaliste de la situation précarisée de ces peuples nomades, dès les premiers contacts. Qui rêverait de vivre au bord d’une source avec pour unique ressource le pastoralisme et les fruits du travail du palmier Doum (vannerie, etc) ? La vannerie sert, comme souvent, principalement de monnaie d’échange et sa vente permet d’acheter les denrées de base enrichissant une alimentation quotidiennement incertaine. L’accueil qu’ils nous font est chaleureux, sans retenu. Mohamed, de part sa place privilégiée au sein de la communauté Afar, nous permet d’échanger avec eux et de se présenter à Ali, le chef du village. Ils nous installent dans la hutte qui trône au milieu du village, hutte qui leur sert en partie à stocker les branches de palmiers qu’ils entreposent là pour le séchage. La première nuit, nous la passons sur le toit de cette hutte avec celui qui fait office de gardien, sous la voûte étoilée, et bientôt la conjonction de Jupiter et de la Lune au zénith laisse sa place à la constellation d’Orion et sa nébuleuse qui monte rapidement au-dessus de nous. Sa nébuleuse, pouponnière d’étoiles en formation, où peut-être viendra graviter autour de l’une d’entre elles une planète, sur laquelle les chants et les danses des premiers hommes raisonneront dans le même néant de nos interrogations universelles et infinies.

L’histoire des ces trois jours vous est contée en images et en musique.

Emmanuel MARTIN, Djibouti, 08/01/2012












































Le portfolio complet se trouve à cette adresse :
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