Qu’ils viennent des hauts plateaux éthiopiens, de Mogadiscio en Somalie, ils fuient tous la même pauvreté, la guerre civile, la situation de sécheresse et la famine, et se retrouvent sur les routes de l’exil. Pourtant, dans cette corne de l’Afrique, à nouveau sous les feux médiatiques, il est possible, pour peu que l’on s’attarde un peu, de croiser une autre réalité pour les exilés, que celle des camps de réfugiés et du trafic de migrants clandestins. Pour nombre d’entre eux, Djibouti devient, de part sa situation géographique, coincé entre l’Erythrée, l’Ethiopie, la Somalie et le golfe d’Aden, le passage obligatoire vers une vie meilleure. C’est à Djibouti que l’on peut alors rencontrer une réalité parfois tout aussi dure et abrupte, mais une réalité teintée d’espoir, une autre réalité de la subsistance. Le monde des invisibles de Djibouti. Ces hommes ont aussi fui leur pays mais ils ont su créer sur des zones en marge de la ville, sur des espaces à priori stériles, de vraies activités économiques. Ces terres deviennent alors une halte d’espoir où à force de travail et d’abnégation, ils espèrent gagner le peu qui leur permettra de rejoindre une terre plus prometteuse de l’autre côté du Golfe d’Aden. Qui sont ces exilés venus s’échouer aux portes de Djibouti ? Comment leur subsistance s’organise-t-elle ? Quels sont les espoirs qui chaque jour les poussent à endurer un tel labeur ?
Djibouti, corne de l’Afrique, octobre 2011
Tout commence un week-end de novembre 2010, alors que nous déjeunons, dans un restaurant du bord de mer à Tadjourah, au nord de Djibouti. Nous apercevons un groupe d’hommes, de femmes et d’enfants, en file indienne, courant sous les exhortations d’un homme, que nous identifions de suite comme un passeur et qui leur ouvre le chemin. Ils passent entre le restaurant et la mer, sur le ruban étroit de sable, tellement proche que nous avons le temps de capter la souffrance, l’inquiétude et la peur qui se lisent sur les visages. La peur de voir se terminer le voyage ici et maintenant s’ils sont pris. Il faut accélérer la cadence car la zone n’est pas sûre, trop près de la route, trop près de la ville de Tadjourah, trop près de nous aussi. Pour la plupart originaires d’Ethiopie, ils fuient vers Obock sur le littoral nord du pays, espérant embarquer sur un boutre qui les emportera vers un hypothétique avenir, de l’autre côté du Golfe d’Aden vers le Yémen et l’Arabie Saoudite. Nous voyons le poids des kilomètres parcourus dans des conditions climatiques extrêmes, et surtout l’inquiétude liée aux dangers de leur exode et à l’incertitude à atteindre leur but. Ce sont les mêmes migrants croisés, qui, tout au long de l’année sur les routes de Djibouti, fuient par groupe de trois ou quatre. Et à chaque fois, même si les motivations profondes qui leur font prendre autant de risques sont connues, la même interrogation revient, quant à l’issue d’une telle aspiration. [...]
L’article complet de Daoud ABOUBAKER ALWAN et Emmanuel MARTIN à cette adresse :
Afrique in visu – les invisibles de Djibouti












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